Jeudi 11 janvier 20h Leonel MORALES-HERRERO en récital

Jeudi 11 janvier 20h Leonel MORALES-HERRERO en récital

Leonel MORALES-HERRERO, en récital.

Lors du Concours International de Piano de Lyon en juillet 2016 l’équipe de l’Association Chopin avait été éblouie par la prestation d’un tout jeune pianiste espagnol qui a bien entendu remporté le premier prix décerné par un prestigieux jury présidé par Dimitri Bashkirov, et nous sommes heureux et fiers de vous le présenter ce soir.

Réservation : Association Chopin de Lyon

Concert :Salle Molière 

Programme :

Sergei PROKOFIEV (1891 – 1953)

Sonate pour piano n°8 en si bémol majeur Opus 84

–          1.  Andante Dolce – Allegro moderato – Andante dolce, come prima – Allegro

–          2.  Andante Sognando

–          3.  Vivace – Allegro ben marcato – Andantino Vivace come prima

 

– — – – ENTRACTE – – – – – –

 

Frédéric CHOPIN  (1810 – 1849)

Impromptu n°2 en fa dièse majeur Opus 36

Valse n° 14 en mi mineur opus posthume

Grande Valse Brillante en la bémol majeur Opus 42

 

Robert SCHUMANN (1810 – 1856)

Humoresque en si bémol majeur Opus 20

Einfach – Sehr rasch und leicht – Noch rascher – Erstes tempo – Wie im Anfang – Hastig – Nach und nach immer lebhafter und starker – Wie vorher – Adagio – Einfach und zart – Intermezzo – Wie vorher –  Innig – Sehr lebhaft – mit einigem Pomp – Zum Beschluss – Allegro.

 

Ernesto LECUONA (1896 – 1963)

Suite « Danzas Afro-Cubana »

–          1.  La Conga de Media Noche

–          2. Y la negra Bailaba

–          3. La Comparsa

–          4. Danza Negra

–          5. La Danza de los Nanigos

–          6. Danza Lucumi

 

BIOGRAPHIE :

Leonel MORALES HERRERO est né à Madrid en 1995. Il commence ses études musicales à l’âge de 8 ans.  Les élèves de son père lui donnent ses premiers cours.

Actuellement il étude à la Faculté de Musique et les Arts Scéniques de l’Université Alphonse X, sous la direction de Leonel MORALES, son père.

A 21 ans, il est l’un de pianistes espagnols les plus prometteurs comme le prouvent ses nombreux concerts dans les salles et Festivals les plus prestigieux au monde comme par exemple la Wiener Saal de Salzburg, le Théâtre Bibiena de Mantoue, la Maison d’A.Scriabin de Moscou, la Salle Luis Galve de l’Auditoire de Saragosse, la Salle Iturbi du Palau de la Musique de Valence, l’Auditoire de Castellón, le Festival Cecilia-Parnassós de Monterrey-Mexique. Leonel MORALES HERRERO s’est déjà produit dans de nombreux pays européens : en Italie, en Allemagne, en Hollande, en France (Lyon et Paris) et en Slovénie.

En Espagne, il a joué pour la Fondation Yehudi Menuhin en présence de la Reine Sofia, la Fondation Juan March, Fondation El Olivar del  Castillejo,  Jeunesses Musicales de Séville, à Grenade dans ses différentes salles en incluant l’Auditoire Manuel de Falla, Académie de Beaux-Arts de San Fernando de Madrid.

Leonel MORALES HERRERO a obtenu de nombreux premiers prix internationaux prestigieux comme le Concours international de piano de Lyon, le Concours MozARTe en l’Allemagne, le concours César Franck de Bruxelles. Il a été aussi récompensé au Concours International ClaviCologne, le Concours d’Aix la Chapelle en Allemagne, le Concours Piano Talents de Milan, il a reçu le Diplôme du Concours Gina Bachauer, ainsi que le Concours  À. Scriabin.  Il a par ailleurs obtenu deux prix au Concours Parnassós à Monterrey au Mexique : le Grand Diplôme d ´Honneur pour le haut niveau de son exécution des œuvres et le Prix du Meilleur Interprète de la Musique Impressionniste.

 

En Espagne, il a obtenu des prix propres au pays incluant Frechilla Zuloaga, Marisa Montiel, Xátiva, Sainte Cecilia, Antón García Abril, Hazen, Ciutat de Llíria, Ciutat de Carlet et Gabriel Teruel Machí de Benimodo.

Il a réalisé les premières exécutions d’œuvres de différents compositeurs espagnols tels que Juan Medina, David Azagra, Alejandro Román, et les « Trois Pièces Alexandrines » d’Anton García Abril, en obtenant un grand triomphe. García Avril lui a dédié ainsi qu’à son frère une œuvre pour deux pianos intitulée « l’Hommage à Copernic ».

En juillet de chaque année, Leonel MORALES HERRERO  enseigne à Grenade dans le cadre de « l’International Piano Course for Children and Teenagers » et  a été nommé professeur- assistant dans le « International Masterclass and le Piano le Festival Leonel Morales ».

 

Pour sa première venue à l’Association Chopin de Lyon Leonel MORALES HERRERO nous avait tout d’abord proposé un programme « traditionnel » comportant des œuvres de Beethoven, Liszt, Ravel et bien entendu de Chopin dont l’interprétation des œuvres est obligatoire lors de nos concerts. Leonel MORALES HERRERO a choisi de modifier au dernier moment son programme afin de nous faire découvrir des œuvres moins fréquentées, dont le contenu impressionne autant par leur message que par leur identité.

Leonel MORALES HERRERO interprétera tout d’abord une des œuvres les plus saisissantes du répertoire pianistique russe du 20ème siècle avec la huitième sonate pour piano de Serge Prokofiev.

Cette œuvre magistrale, d’une ampleur exceptionnelle occupera toute la première partie de ce concert tant elle est hors normes par la férocité et la désolation qu’elle véhicule.

Pour apprécier cette œuvre, il convient non pas de rechercher de belles mélodies bien troussées posées sur des rythmes stables et soutenues par des harmonies agréables à l’oreille. Il faut a contrario avoir à l’esprit un passé pas si lointain où l’être humain se trouvait broyé par un régime inquisiteur et répressif aussi implacable qu’aveugle, mené d’une main de fer par Joseph Staline le « petit père des peuples »… un père prêt à engloutir ses enfants avec férocité.

Sous l’ère stalinienne le simple fait d’exister ou de penser était suspect et pouvait être considéré comme un crime contre l’état. De surcroît cette huitième sonate a été composée entre 1939 et 1944 au moment où la guerre entre les armées nazie et soviétique faisait rage. L’enfer stalinien se conjuguait alors avec l’apocalypse générée par le conflit germano-soviétique orchestré par deux dictateurs déments et assoiffés de sang.

Alors oui, cette sonate n’a pas les jolies tournures d’une œuvre de Mozart ou de Haydn, elle ne sublime pas l’être humain et son esprit comme l’a fait Beethoven, pas plus qu’elle ne s’apitoie sur ses sentiments profonds à la manière de Schubert ou Chopin. Ici point d’humanité mais la représentation musicale du cri déchirant d’un peuple désorienté et sans espoir étreint par la peur, et tenaillé par le froid et la faim.

Prokofiev qui a été le témoin de ces évènements et la victime de ce régime vous convie au-delà des formes musicales, au-delà des notes, au-delà de l’instrument à avoir la représentation sonore de la douleur de ce peuple broyé ; à la fois martyrisé de l’intérieur et agressé de l’extérieur.

La huitième sonate alterne des passages violents à d’autres plus calmes qui pourtant ne sont pas davantage apaisants où l’on sent peser le malaise et l’angoisse. Prokofiev a composé simultanément (de 1938 à 1945) trois sonates pour piano (6 à 8) appelées improprement les « Sonates de Guerre » puisqu’ébauchées avant la guerre.

Juste avant la révolution bolchévique Prokofiev était reconnu dans son pays pour être un compositeur de tout premier plan et un très brillant pianiste. Peu après la Révolution d’octobre 1917 il quitte l’URSS et s’installe à Chicago avant de revenir en Europe pour promouvoir sa musique. Dans les années 20, il compose une musique proche du courant « constructiviste » et l’orientation que prend sa musique tend à le rapprocher de son ancien pays.

Le régime soviétique se félicite du revirement partiel de Prokofiev et tente de le récupérer en l’invitant à venir en URSS dès 1927.  En 1936 Prokofiev finit par céder et revient s’installer en URSS. C’est l’époque où il compose Pierre et le Loup et Roméo et Juliette. Peu après ce retour définitif le régime change radicalement d’attitude. Sa femme et ses enfants sont déportés en Sibérie et servent d’otages afin que Prokofiev ne reparte pas.

Staline dans sa politique culturelle du « réalisme socialiste » laisse le soin aux bureaucrates de choisir les compositeurs compatibles avec les idéaux révolutionnaires. Prokofiev n’est pas de ceux-là et se retrouve sans commande, ni moyen de subsistance. Il vit alors dans une grande misère.

En 1939, il espère rentrer en grâce en composant « Semyon Kotko », un opéra sur le livret de son ami Vsevolod Meyerhold, dénonçant les crimes commis par les allemands lors de l’occupation de l’Ukraine. Malheureusement, l’œuvre est créée au moment de la signature du pacte Germano-Soviétique. Meyerhold est arrêté, torturé et exécuté et Prokofiev est assigné à résidence.

Pendant la guerre, Prokofiev est envoyé dans le Caucase où il compose entre autres les trois sonates de Guerre. Il subit l’exil, la malnutrition, la séparation avec sa  famille et sa santé s’en ressent gravement dès 1940. Nommé Artiste du Peuple en 1947, Prokofiev subit néanmoins les persécutions du pouvoir. Il sera publiquement critiqué, censuré et réduit à la misère jusqu’à sa mort.

Celle-ci intervient comme une ultime ironie du sort le 5 mars 1953, cinquante minutes seulement avant celle de Staline. En conséquence, sa mort passe complètement inaperçue car elle est éclipsée par la perte incommensurable du « Petit Père des Peuples ».

Leonel MORALES HERRERO nous interprétera ensuite trois pièces de Frédéric Chopin particulièrement représentatives de son langage aux multiples facettes.

 

Poursuivant la voie ouverte par Franz Schubert, Chopin compose quatre Impromptus pour piano entre 1835 et 1842. Le second impromptu opus 36 que va nous interpréter tout d’abord Leonel MORALES HERRERO date de 1837. Il est le plus développé des quatre Impromptus. Fait rare dans les œuvres de Chopin de la maturité, cette œuvre emploie une forme variée à l’instar de la Berceuse opus 57. Il débute d’une façon originale où la seule main gauche joue une introduction à deux voix avant que la main droite ne vienne développer à partir de la sixième mesure une mélodie typique du style de Chopin, à la fois fluide et mélancolique, faisant de cet Impromptu une œuvre à mi chemin entre le Nocturne et la Ballade. L’emploi d’une harmonisation subtile et sans cesse renouvelée sublime la mélodie par ses sonorités surnaturelles. La partie centrale de l’Impromptu évolue sur un rythme d’une marche à la fois volontaire et angoissée rappelant par son urgence l’Etude Révolutionnaire. Ce passage médian rompt avec la ligne mélodique sereine et rêveuse du premier thème. Après un court passage de transition aux accents désolés le thème initial réapparaît dans une nouvelle tonalité car au lieu de reprendre celui-ci à l’identique Chopin le transpose un demi ton en dessous (de fa dièse à fa) et l’agrémente de multiples traits virtuoses à la fois volubiles et aériens.

Leonel MORALES HERRERO enchaînera avec la quatorzième valse, la première des valses opus posthume puisqu’en fait, il s’agit d’une œuvre publiée seulement en 1868 alors qu’elle a été composée lorsque Chopin avait à peine vingt ans.  Cette Valse date de l’époque où Chopin composait ses premières Polonaises dont on reconnait la fluidité virtuose et l’élégance altière. En 1819 Carl Maria von Weber compose l’une de ses œuvres pianistiques  les plus célèbres : L’invitation à la danse qui ne deviendra « L’invitation à la Valse » que dans l’orchestration de Berlioz. Cette œuvre marquera grandement Chopin qui verra dans cette œuvre une sorte de modèle de la Valse de Concert et qui l’inspirera pour huit de ses Valses. Si la valse en mi mineur n’est pas retenue par Chopin elle en a néanmoins certaines caractéristiques par son côté sophistiqué. Bien que son expression soit à la fois brillante et virevoltante (faisant merveille dans les salons parisiens), elle recèle toutefois dans sa juvénile insouciance une certaine superficialité rédhibitoire pour le regard acéré d’un Chopin plus âgé et soucieux de l’image qu’il laissera à la postérité.

 

C’est par une autre valse plus aboutie que Leonel MORALES HERRERO terminera cette partie consacrée à Chopin. Avec cette œuvre composée dix ans plus tard (en 1840) nous abordons ici un Chopin qui cherche à éblouir son public par la virtuosité et le panache d’un jeune compositeur cette fois totalement maître de son langage et cherchant à se faire aussi un renom en tant qu’interprète.

 

Sur les dix-neuf valses composées par Chopin, seules huit seront publiées de son vivant. Contrairement à ce que leur titre peut laisser croire, les Valses de Chopin ne sont pas des œuvres à danser (malgré leur rythme ternaire caractéristique de la valse). Chopin ne suit pas l’exemple de ses ainés viennois (Beethoven et surtout Schubert) qui eux composent de nombreuses valses pour piano destinées à la danse. Les valses de Chopin sont plutôt l’archétype de la musique de salon à la fois poétiques, raffinées, élégantes et parfois même teintées d’humour, comme la Valse dite « du petit chien ». Schumann ne s’y était pas trompé en déclarant « qu’elles étaient des valses pour les âmes plus que pour les corps ».

 

La cinquième valse (intitulée « Grande Valse ») date de 1840. Elle est l’une des plus élaborées du genre. Dans cette valse fluide, Chopin fait superposer un rythme binaire à la main droite et un rythme ternaire à la main gauche conférant à la pièce une certaine instabilité tout à fait originale et bienvenue que viennent recadrer quelques robustes accords. Sa coda au rythme de plus en plus rapide vient mettre un terme particulièrement brillant à cette valse au parcours sinueux. Sa virtuosité affichée permettait à Chopin de montrer que si son domaine musical de prédilection était celui de l’intime et de la poésie, il pouvait cependant en remontrer sur un plan purement technique à des concurrents plus démonstratifs tels que Liszt ou Thalberg.

 

Leonel MORALES HERRERO continuera son récital avec l’Humoresque de Robert Schumann qui est l’un des premiers grands compositeurs incarnant le Romantisme allemand.

Cet esprit allemand se retrouve tout particulièrement dans cette « Grande Humoresque en si bémol majeur Opus 20 » (c’est son  titre exact) écrite par Schumann en 1838. C’est une composition à la fois magistrale et extrêmement novatrice, malheureusement elle est trop souvent négligée et incomprise tant par le public que par les musiciens eux mêmes. Il faut reconnaître à leur décharge qu’il s’agit d’une œuvre longue et complexe tant au niveau de sa construction que de son déroulement émotionnel, mélangeant de façon parfois contradictoire rires et larmes.

Schumann lui-même se plaignait de ce manque d’affection et de compréhension pour son œuvre auprès d’un ami français : « Les Français ne peuvent pas comprendre le terme d’« Humoreske ». Il est bien malheureux que votre langue ne possède pas de mot exact pour rendre justement deux particularités aussi enracinées dans la nationalité allemande que l’exaltation du rêve (das Schwärmerische) et l’humour (Humor): lequel est justement un mélange heureux d’exaltation et d’esprit farceur ». 

L’Humoresque a été composée pendant un séjour à Vienne, en huit jours seulement, au cours d’une phase de frénésie extrême. A cette époque, Schumann vit un drame sentimental, rendant son séjour à Vienne particulièrement douloureux. Il avait projeté de quitter Leipzig avec Clara, souhaitant ainsi s’éloigner du père de celle-ci, le redoutable Frieidrich Wieck avec qui il était en conflit ouvert. En fin stratège, Wieck consent tout d’abord au départ de sa fille pour Vienne. Lorsque Schumann est parti, il empêche alors Clara de le rejoindre. Les ponts coupés, Robert se retrouve seul dans la capitale autrichienne sans amis, et dans une profonde détresse sentimentale. Il compense cette situation en travaillant d’arrache pied, et notamment à l’Humoresque. Il écrit à Clara : « J’ai été toute la semaine au piano, composant, écrivant, riant, pleurant tout à la fois ».

Comme l’indique Schumann lui-même, son Humoresque déroute un esprit « cartésien » en combinant par exemple de longues confidences mélancoliques, interrompues subitement par des sections purement humoristiques, ou en jouant avec certains éléments musicaux simples (voire primitifs), qu’il associe à des passages extrêmement complexes qui ne trouvent pas toujours d’aboutissement réel. L’Humoresque est une œuvre aux grandes dimensions qu’il est pourtant difficile de rapprocher d’une forme musicale de taille comparable, que ce soit la sonate ou la suite. Cependant il ne fait aucun doute que cette œuvre singulière n’est pas une suite décousue de courtes sections posées de façon aléatoire selon l’humeur changeante de son créateur. L’architecture de cette composition est aussi précise que pensée mais, au lieu de prendre pour base de construction les règles musicales habituelles, elle se fonde plutôt sur des concepts poétiques en organisant une succession cohérente de climats expressifs. 

Malgré la profusion d’idées et de motifs musicaux utilisés dans l’Humoresque, celle-ci est habituellement divisée par les musicologues en cinq mouvements indissociables. La tonalité, qui joue un rôle unificateur particulièrement important au sein de ces différentes parties. Elle est basée principalement sur la tonique (si bémol majeur) et sa relative (sol mineur).

 

Leonel MORALES HERRERO nous propose pour terminer son récital de nous faire entendre des œuvres pour piano du compositeur cubain Ernesto Lecuona dont la musique est extrêmement différente de celle de Prokofiev bien que le compositeur ait avec ce dernier certains points communs. Lecuona a lui aussi vécu une partie de sa vie sous une administration héritée du grand frère soviétique. Comme Prokofiev, il fuira le régime communiste de Fidel Castro mais lui ne reviendra pas sur sa terre natale puisqu’il mourra à Tenerife (Iles Canaries).

Tout comme Prokofiev, Lecuona fut aussi un compositeur prolifique et un très brillant pianiste virtuose cherchant à faire évoluer la musique de son pays et la faire connaître au monde. Même si son œuvre pour piano a largement assuré sa renommée, il composera aussi de nombreuses œuvres destinées au chant, à la scène et écrira aussi de la musique de film.

Le cycle « Danzas afro-cubanas » que va interpréter Leonel MORALES HERRERO est un parfait exemple de son style, à la fois brillant, intense, chaleureux et extraverti, typique de cette musique cubaine particulièrement chaleureuse et entraînante.

Ici la musique folklorique joue un rôle très important en mêlant des rythmes et des mélodies héritées à la fois des populations autochtones, des colons espagnols et des esclaves africains. Lecuona s’engage sur la voie tracée par Louis Moreau Gottschalk quelques décennies plus tôt. Ce dernier avait composé pour un piano plus romantique des œuvres inspirées par les mélodies et rythmes des esclaves noirs de Louisiane et des îles Caribéennes. Tout comme Gottschalk Lecuona divisera sa musique pour piano en plusieurs catégories comme les musiques inspirées par l’Espagne, les pièces de caractères, la musique à danser et les musiques locales (pour lui cubaines). Lecuona apportera cependant à sa musique un ingrédient qui n’existait pas encore chez Gottschalk (même si on le pressent déjà fortement dans sa musique) qui est l’introduction du Jazz dans la musique cubaine. Il donnera à ce Jazz une identité latino-américaine très particulière basée sur des rythmes de danses comme la Cumparsa. La musique Cubaine gardera dans ses gènes cette dose indispensable de jazz latino-américain dont la Salsa est l’un des plus beaux fleurons.

Jean-Noël REGNIER