Jeudi 4 juin 20h30 Swetlana Meermann au piano, Asya Fateyeva au saxophone

Jeudi 4 juin  20h30 Swetlana Meermann au piano, Asya Fateyeva au saxophone

Swetlana Meermann au piano, Asya Fateyeva au saxophone en concert

  • Swetlana Meermann et Asya Fateyeva

Lyon Music

60 rue Sala

69002 Lyon

 

Au programme:

Johann Sebastian Bach (1685- 1750)

Sonate BWV 1027 pour viola da gamba et clavecin
(transcription pour saxophone ténor)

 

1. Adagio
2. Allegro ma non tanto
3. Andante
4. Allegro moderato
 

Rodion Chedrin (1932)

Basso Ostinato
 

J.S Bach
Suite n°2 pour violoncelle, BWV 1008 (transcription pour saxophone ténor)


– Prélude – Sarabande – Gigue

Sergej Prokofieff (1891- 1953)
Sonata n°3 op. 28 pour piano

Robert Schumann (1810- 1856)
Adagio et Allegro op. 70

 

 

Compte rendu du concert de LYON MUSIC le jeudi 4 juin 2015

ASYA FATEYEVA (saxophone) SWETLANA MEERMANN (piano)

 

Swetlana Meermann est une habituée des salons de piano d’Yves Dugas où elle a déjà proposé au public plusieurs récitals ou concerts de musique de chambre (avec Claire-Marie Pessey ou Karina Desbordes). Ses programmes sont toujours parfaitement construits et elle joue avec autant de bonheur que d’engagement des compositeurs aussi rares que Lekeu – Lyadov – Schedrin, que les célébrissimes Grands Maîtres que sont Bach, Chopin, Ravel, Prokofiev ou Rachmaninov.

Elle nous revient cette fois en compagnie d’une incroyable et excellente saxophoniste Asya Fateyeva. Cette jeune artiste extrêmement douée est née en Crimée. Elle a fait ses études au Conservatoire de Moscou, à la Musikhohschule Hambourg et au Conservatoire National Supérieur de Musique de Paris.

Le programme que nous avons pu entendre à Lyon Music ce 4 juin 2015 faisait preuve d’originalité et de variété, alternant et fusionnant tour à tour les deux instruments.

Si le saxophone est extrêmement prisé par les jazzmen, il est malheureusement extrêmement rare de l’entendre en soliste dans un répertoire « classique ». Quelques compositeurs et non des moindres ont pourtant composé des œuvres notables pour cet instrument virtuose aux timbres chaleureux  (Debussy – Glazounov – Ibert – Milhaud – Villa Lobos etc..).

Le saxophone a été créé par le belge Adolphe Sax il y a seulement 170 ans, ce qui explique l’étroitesse de son répertoire en musique classique. Fort heureusement de nombreuses musiques peuvent être adaptées à cet instrument aux sonorités très variées. Swetlana Meermann et Asya Fateyeva nous en ont donné la preuve en interprétant plusieurs transcriptions de Jean-Sébastien Bach et de Robert Schumann, les œuvres originales étant pour clavecin et viole de gambe (sonate BWV 1027), pour violoncelle seul (suite BWV 1008), ou pour cor et piano (Adagio et allegro de Schumann).

Dès les premières mesures de la sonate pour viole de gambe et clavecin, on est surpris par les timbres des instruments, bien éloignés des sonorités originales. Cependant le son chaud du saxophone ténor soutenu par un piano engagé et attentif fait vite oublier la version « historique ».

Le redoutable « Basso Ostinato » de Rodion Schedrin a ensuite été interprété par une Swetlana Meermann impériale, à la technique sidérante. Cette pièce d’une virtuosité diabolique qui exige un contrôle permanent n’est pas sans rappeler le premier mouvement de la 7ème sonate de Prokofiev. Ce Basso ostinato est la seconde des Deux pièces polyphoniques pour piano composées par Schedrin au tout début des années 1960. Longuement applaudie Swetlana Meermann a laissé la scène à Asya Fateyeva pour une interprétation habitée de trois mouvements de la seconde suite pour violoncelle seul de Bach (prélude, sarabande et gigue) transcrite pour saxophone ténor. Là encore la différence de sonorité surprend au début mais l’une des grandes qualités de la musique de Bach c’est de pouvoir s’adapter de manière très convaincante à tous les instruments (même à ceux qui n’existaient pas à son époque !). Asya Fateyeva a montré au public toutes les possibilités expressives du saxophone dont elle use avec un immense talent.

Retour au piano avec la Troisième sonate de Prokofiev : Editée en 1917, elle reprend une sonate de jeunesse largement remaniée composée dix ans auparavant. Ce remaniement d’une œuvre antérieure explique le titre « d’après des vieux cahiers ».

La troisième sonate évolue dans un climat dramatique très bien rendu par Swetlana Meermann  prouvant l’évolution stylistique de Prokofiev en l’espace d’une décennie. Cette sonate est dense et repliée sur un unique mouvement divisé en trois parties. Les indications données par Prokofiev dénotent le caractère extrêmement agité et sombre de l’œuvre : Allegro tempestoso – Moderato – Allegro tempestoso. La sonate joue aussi dans son ambiguïté rythmique oscillant entre binaire et ternaire.  Tout comme dans la pièce de Schedrine, les racines de Swetlana Meermann sont ressorties dans cette sonate à l’aspect fataliste, qui mêle humour et burlesque au désespoir exacerbé de l’âme russe.

Les deux jeunes artistes ont achevé ce passionnant récital par une dernière transcription, cette fois d’une œuvre de Robert Schumann : L’adagio et allegro opus 70. Selon la volonté de Schumann cette œuvre se joue indifféremment au violoncelle ou au cor. La proximité des tessitures et des sonorités du cor et du saxophone permet une transcription idéale pour cet instrument. Après un Adagio profond et méditatif, le vif Allegro, légèrement précipité du fait de son caractère passionné terminait brillamment ce concert à la fois original et jubilatoire.

Jean-Noël Regnier