Vendredi 16 octobre 20h Scipione Sangiovanni en récital unique

Vendredi 16 octobre 20h Scipione Sangiovanni en récital unique

Scipione Sangiovanni

Scipione Sangiovanni en récital unique, pour l’ ouverture de saison de l’Association Frédéric Chopin,Réservation :Association Frédéric Chopin14 avenue de la Grange Blanche69160 Tassin la Demi Lune Téléphone : 06 10 91 26 26 – 04 72 71 81 93

Programme :

Baldassare GALUPPI (1706 – 1785) Sonate pour piano n° 5 en ut majeur T 27

  • Andante
  • Allegro
  • Allegro assai

Girolamo FRESCOBALDI (1583 – 1643) Toccata prima per Clavicembalo Domenico SCARLATTI (1685 – 1757) Sonate en do dièse mineur (Allegro) K 247 – L 256 Frédéric CHOPIN (1810 – 1849) Variations sur Les Puritains de Bellini en mi majeur Souvenir de Paganini en la majeur Jean-Sébastien BACH (1685 – 1750) / Ferruccio BUSONI (1866 – 1924) Chaconne en ré mineur de la Partita n° 2 pour violon seul BWV 1004 (Tr. Ferruccio BUSONI)

——— ENTRACTE ———-

Antonio VIVALDI (1678 – 1741) / Scipione SANGIOVANNI (né en 1988) Les Quatre Saisons quatre concertos opus 8 n° 1 à 4 (Tr. Scipione SANGIOVANNI) 1. Concerto n° 1 en mi majeur « le Printemps »

  • Allegro
  • Allegro e pianissimo sempre
  • Allegro (Danza pastorale)

2. Concerto n° 2 en sol mineur « l’Eté »

  • Allegro non molto
  • Adagio – Presto
  • Presto

3. Concerto n° 3 en fa majeur « l’Automne »

  • Allegro (Ballo e Canto de’ vilanelli)
  • Adagio (ubriachi dormienti)
  • Allegro (la caccia)

4. Concerto n° 4 en fa mineur « l’Hiver »

  • Allegro
  • Largo e pianissimo sempre
  • Allegro

 

C’est une véritable joie de retrouver à nouveau Scipione SANGIOVANNI qui nous sidère par son immense talent à chacune de ses apparitions dans notre série.

Scipione SANGIOVANNI malgré son jeune âge, détient déjà un palmarès impressionnant. Il remporte vingt premiers prix dans des Concours de piano nationaux et plusieurs autres dans des concours internationaux (dont celui de la Ville de Marsala, le Concours International de Piano « Monopoly » et surtout le Concours International de Piano de Rome). Il est par ailleurs lauréat de seize concours internationaux prestigieux (Maria Canals de Barcelone – Concours International de Musique de la Ville de Porto – Concours Ferruccio Busoni de Bolzano, etc..). Scipione SANGIOVANNI débute ses études musicales au Conservatoire Tito Schipa de Lecce, sous la direction de Mariagrazia Lioy, et en ressort à dix-huit ans avec un premier prix de piano. Il suit ensuite de nombreuses Masterclass avec de prestigieux pianistes et pédagogues comme Paul Badura Skoda, Natalia Trull, Sergio Perticarolli, Enrico Pace ou encore Aldo Ciccolini.

Pour sa troisième venue à l’Association Chopin de Lyon, Scipione SANGIOVANNI nous présente un concert en lien direct avec sa patrie, en nous proposant un vaste panorama de la musique pour clavier italienne s’étalant sur une période de quatre cents ans.

Pour nous guider dans les méandres de la musique italienne depuis le XVIème siècle, nous avons fait appel au musicologue Patrick FAVRE-TISSOT-BONVOISIN pour son immense savoir musical et ses brillantes capacités de communication qui nous permettront d’apprécier et de comprendre ce programme original. Patrick FAVRE-TISSOT BONVOISIN est – entre autres répertoires – un fin connaisseur de la musique italienne à laquelle il a déjà consacré de multiples conférences. Il a publié en 2013 une biographie passionnante de Giuseppe Verdi (chez Bleu-Nuit éditeur, Collection Horizons). D’autre part un nouvel ouvrage consacré à Ludwig van Beethoven est en cours de publication.

Patrick FAVRE-TISSOT-BONVOISIN nous a fait le plaisir et l’honneur de répondre présent à notre demande, ses pertinentes interventions nous éclaireront sur les rapports entre les œuvres qui seront jouées ce soir et le contexte dans lesquelles elles ont été composées. Il nous renseignera aussi sur des musiciens comme Frescobaldi ou Galuppi moins connus que Vivaldi ou Bach.

Pour débuter cette première partie particulièrement consistante Scipione SANGIOVANNI nous propose d’entendre la cinquième sonate pour piano de Baldassare Galuppi, un compositeur italien aujourd’hui injustement négligé (comme l’est aussi Muzio Clementi) malgré un indéniable talent, et que seuls quelques grands pianistes mettent régulièrement à leurs programmes (comme le faisait Arturo Benedetti Michelangeli).

Baldassare Galuppi naît avec « le siècle des Lumières » au tout début du XVIIIème siècle dans la petite île de Burano à côté de Venise. Il fera ses études musicales auprès d’Antonio Lotti (le premier organiste de la Basilique Saint-Marc) sur la recommandation de Benedetto Marcello.

Galuppi occupera rapidement des fonctions musicales importantes à Venise, intégrant même l’orchestre du Doge. Cependant il ne se contentera pas de ses postes dans la Sérénissime, voyagera beaucoup à travers l’Europe (Berlin, Vienne, Saint-Pétersbourg, Londres etc.) et échangera beaucoup avec ses contemporains dont Carl Philip Emanuel Bach, le fils de Jean-Sébastien Bach et l’un des Maîtres du style classique.

Galuppi composera au cours de sa vie une œuvre très importante tant en qualité qu’en volume : Plus de 150 œuvres pour clavecin, de multiples symphonies et concertos, une centaine de cantates, vingt-sept oratorios etc. Galuppi composera aussi une quinzaine d’opéras qui seront le fruit d’une longue collaboration avec Carlo Goldoni. Parmi les opéras de Galuppi, citons « Il mondo della luna » (composé vingt-sept ans avant l’opéra éponyme de Joseph Haydn) et aussi Scipione à Carthagène …. (A moins d’être victime d’une homonymie, notre pianiste ne fait pas son âge !…. Aux dernières informations, il s’agit bien d’une homonymie, Scipione SANGIOVANNI confirmant qu’il ne s’est jamais produit à Carthagène en 1750 ; Nous voilà rassurés … !).

La sonate n° 5 en ut majeur a été composée à Londres en 1756. Elle dispose d’une structure en trois mouvements mais contrairement à la forme classique elle débute par le mouvement lent, suivi par deux mouvements de plus en plus rapides.

Scipione SANGIOVANNI nous propose ensuite un retour en arrière de quelques cent-vingt ans en interprétant une toccata pour clavecin composée par Girolamo Frescobaldi qui est l’un des tous premiers compositeurs majeurs pour cet instrument.

La musique pour clavier débute avec l’orgue dont les modèles les plus anciens remontent à environ trois siècles avant JC. L’orgue par ses sonorités majestueuses était l’instrument idéal pour accompagner les offices religieux et illustrer tous les épisodes de la Bible et des Evangiles. L’Italie étant le cœur séculaire de l’Eglise Catholique a vu tout naturellement au cours des siècles ses églises et cathédrales se doter d’instruments fabuleux ; à la fois puissants et d’une variété infinie de sonorités. Son âge d’or remonte dès la fin du XVème siècle.

L’orgue est un instrument majestueux mais trop volumineux, trop puissant et totalement inadapté pour trouver sa place dans les demeures de la noblesse et de la bourgeoisie italienne. Aussi à côté de l’orgue, d’autres instruments à clavier aux dimensions plus réduites et à usage domestique voient le jour dès le seizième siècle. Ces instruments à cordes pincées descendent du Psaltérion (une sorte de lyre) et adoptent des techniques de construction et des dimensions très différentes. On peut citer le Virginal, l’Epinette, le Clavicythérium et enfin le Clavecin. Si l’Histoire n’a pas retenu le nom des créateurs de ces instruments, on sait que nombre d’entre eux ont été conçus en Italie, qui les exportait dans toute l’Europe. Les plus vieux instruments actuellement conservés sont une épinette de 1493 (Musée de Pérouse) et un clavecin datant de 1521, fabriqué par Jérôme de Bologne. Au cours du XVIIIème siècle un nouvel instrument voit le jour : il s’agit du pianoforte, l’ancêtre de notre piano moderne. Au lieu d’avoir des cordes pincées par des sautereaux celles-ci sont frappées par des marteaux (en cuir puis en feutre) permettant ainsi d’obtenir une dynamique sonore impossible à obtenir sur le clavecin. Ce système découle du clavicorde où une plaque de métal venait frapper la corde. Là encore, un italien est à l’origine du pianoforte : Il s’appelle Bartolomeo Cristofori et il installera en 1698 son mécanisme dans une caisse de clavecin. Il sera concurrencé par le facteur d’orgues allemand Gottfried Silbermann qui fait des recherches similaires à la même époque. Pour passer du pianoforte au piano moderne la conception reste la même et les différences ne sont dues qu’à des améliorations techniques constantes. Les instruments évoluent naturellement en taille (que ce soit en puissance ou en amplitude), en solidité (en remplaçant les cadres en bois par des cadres en fonte), en sonorité (en remplaçant le cuir des marteaux par du feutre) et en précision sonore (en concevant des mécaniques plus précises au niveau des marteaux, des étouffoirs et de divers mécanismes comme le double échappement).

En 1583 (soit 102 ans avant la naissance de Bach, Haendel et Scarlatti) naît à Ferrare un musicien qui va avoir une influence déterminante sur la musique savante en Europe : Il s’agit de Girolamo Frescobaldi. Celui qui deviendra l’organiste de Saint-Pierre de Rome et composera des œuvres particulièrement novatrices et bouillonnantes qui modifieront l’approche et l’utilisation du clavecin. Avant Frescobaldi cet instrument avait surtout une fonction d’accompagnement. Il va lui donner ses premières lettres de noblesse en créant des œuvres destinées à l’instrument en tant que soliste. Pour le clavecin, Frescobaldi composera principalement des Toccatas et des airs de danses en vogue à l’époque telles que des courantes, passacailles, gaillardes, bergamasques, et autres chansons (canzone). Son œuvre pour clavecin est souvent très virtuose et extrêmement construite. Frescobaldi a été l’un des tout premiers compositeurs de Toccatas dont l’étymologie vient de « Toccare » en Italien qui signifie toucher et qui s’oppose à « Suonare » qui signifie faire sonner un instrument à archet et qui a donné le mot sonate. Au XVIIème siècle on « touchait » le clavecin et l’on faisait « sonner » le violon.

Scipione SANGIOVANNI a choisi la première Toccata de Frescobaldi extraite du « Primo libro di Toccate et Partite d’intavolatura di Cembalo » publié à Rome en 1615. Comme vous le remarquerez en écoutant cette œuvre, les Toccatas de Frescobaldi frappent par leur style à la fois improvisé et déclamatoire où les rythmes varient sans cesse et emploient des harmonies rappelant les madrigaux de compositeurs précédents ou contemporains tels que Monteverdi, Caccini, Luzzaschi voire même Gesualdo.

L’année 1685 fut une année particulièrement faste puisqu’elle a vu la naissance de Jean-Sébastien Bach, Georg Friedrich Haendel et de Domenico Scarlatti. Ces trois compositeurs vont illuminer l’Europe musicale baroque de leur génie : Bach en restant en Allemagne, Händel allant d’Allemagne, en Italie puis en Angleterre et Scarlatti commençant sa carrière en Italie, avant de suivre l’Infante Maria Barbara au Portugal et en Espagne.

Domenico Scarlatti naît à Naples le 26 octobre 1685. Il est le sixième enfant d’Alessandro Scarlatti, lui-même un célébrissime compositeur de musique religieuse (cantates et madrigaux) et d’opéras. Baigné dès son plus jeune âge dans la musique, c’est tout naturellement que le jeune Domenico deviendra musicien. Il se formera dans les plus grands centres culturels d’Italie que sont Naples, Rome, Venise et Florence. Prodigieusement doué Domenico Scarlatti deviendra à seulement quinze ans l’organiste et le compositeur attitré de la Chapelle Royale. Au cours de sa jeunesse Scarlatti compose surtout de la musique d’orgue et des œuvres religieuses dont il ne reste malheureusement que peu de traces aujourd’hui.

A Rome, il assistera Tommaso Bai alors Maître de Chapelle de Saint Pierre et rencontrera Haendel. Ils se prêteront à une joute musicale mémorable d’où Scarlatti sortira vainqueur au clavecin, mais sera vaincu à l’orgue par le saxon. Alors qu’il a une vingtaine d’années, Scarlatti est engagé par la Maison de Bragance étroitement liée à la famille Royale du Portugal. C’est par cette entremise que Scarlatti sera nommé par Jean V le Magnifique professeur de musique du frère cadet du Roi et, surtout, de sa fille l’Infante Maria Barbara. Scarlatti se rend à Lisbonne vers 1720 et s’acquitte parfaitement de son rôle auprès de la famille royale. Des liens d’amitié indéfectibles se tissent entre Scarlatti et la jeune Princesse qui s’avère être une élève prodigieusement douée. Cet attachement fidèle durera jusqu’à la mort de Scarlatti en 1757. Entre-temps ce dernier restera près de vingt-huit ans au service de Maria Barbara. Lorsque celle-ci épouse en 1729 le futur roi d’Espagne Ferdinand VI. Scarlatti la suivra à Madrid où elle se retrouve seule et éloignée des siens, à cette cour d’Espagne triste et sévère. Autant pour divertir que pour instruire la Reine, Scarlatti lui composera de très nombreuses sonates pour clavecin. Celles-ci perdront au fil du temps leur but purement didactique, et de ces simples exercices techniques naîtront des sonates très élaborées et hautement inspirées. Celles-ci sont à la fois d’une grande technicité mais aussi extrêmement poétiques. Elles véhiculent cette vivifiante et bouillonnante musique populaire espagnole dont la couleur fait cruellement défaut à l’austère Cour d’Espagne. Scarlatti composera la majorité de ses 555 sonates entre 1742 et 1757. Ces courtes pièces de structure binaire qui traversent toutes les tonalités et utilisent tous les rythmes, des plus lents (adagio, largo) aux plus rapides (allegrissimo, presto, vivace) feront à elles seules la grande popularité de Scarlatti. Ce soir Scipione SANGIOVANNI a choisi de nous en interpréter une des plus belles. Celle-ci, écrite dans la mélancolique tonalité d’ut dièse mineur est d’un tempo relativement modéré (malgré l’indication « Allegro »).

Tout au long du XIXème siècle toute l’Italie se passionne pour l’Opéra. Cela commence au tout début du siècle avec Rossini, puis survient (au début de la période romantique) le style Bel Canto représenté par Bellini et Donizetti, apparaît enfin l’immense Giuseppe Verdi avant l’avènement du Vérisme à la fin du siècle (Mascagni, Leoncavallo, Giordano et Puccini). De cet âge d’or du chant en Italie, Frédéric Chopin ne connaîtra que le Bel Canto. Son amitié et son admiration pour Vincenzo Bellini seront déterminantes pour l’élaboration de son style. Chopin composera en 1837 une unique variation sur le thème de la Marche des Puritains de Bellini. Cette variation (la sixième) a été écrite pour un concert de charité organisé par la Princesse Christina Belgiojoso-Trivulzio où plusieurs compositeurs célèbres prirent ce thème commun. Chopin était en bonne compagnie avec Liszt, Thalberg, Pixis, Herz, et Czerny. L’œuvre entière a été éditée sous le nom d’Hexaméron.

Au XIXème siècle, il n’y a pas que la voix qui fascine et un violoniste italien aux moyens aussi prodigieux que sa réputation est sulfureuse attire les foules en délire. Il s’agit de Niccolo Paganini. Tout comme le public, les plus grands compositeurs de l’époque (Rossini, Liszt, Berlioz etc.) se ruent à ses concerts pour entendre le diabolique violoniste. Rossini aurait pleuré trois fois dans sa vie : lors de la chute de son premier opéra, au cours d’une promenade en bateau lorsqu’une dinde truffée tomba malencontreusement à l’eau, et enfin, lorsqu’il entendit pour la première fois Paganini. Bien entendu Chopin faisait partie de ses admirateurs les plus fervents et en mémoire de ces concerts, Chopin composa en 1829 une courte pièce intitulée « Souvenir de Paganini » basée sur le thème du Carnaval de Venise suivi de variations. Paganini lui-même utilisait fréquemment ce thème pour élaborer une série de variations toutes aussi éblouissantes les unes que les autres. Originellement, ledit thème appartient à une contredanse à 6/8 écrite par le compositeur Giovanni Cifolelli en 1746.

Scipione SANGIOVANNI nous interprétera pour terminer la première partie de son récital la Chaconne de la Partita en ré mineur BWV 1004 de Jean-Sébastien Bach. A priori on pourrait croire que cette œuvre composée par le plus grand compositeur allemand de la période baroque n’a pas de rapport avec l’Italie (fil rouge de ce récital). Pourtant il n’en est rien car deux raisons justifient amplement la place de cette œuvre dans ce concert : Tout d’abord parce que si la Chaconne est d’origine espagnole, elle a rapidement été reprise dans toute l’Europe et tout particulièrement en Italie où de nombreuses œuvres baroques portent l’appellation de « Ciaconna » (Bertali, Cazzati, Vitali, Marcello etc.). La seconde raison réside dans la nationalité du transcripteur pour piano de la Chaconne de Bach. Scipione SANGIOVANNI a souhaité ainsi rendre hommage à Ferruccio Busoni, l’un des plus célèbres et talentueux élèves de Franz Liszt. Malgré une culture imprégnée de germanisme, Ferruccio Busoni n’en demeura pas moins le plus célèbre compositeur et pianiste italien à l’aube du XXème siècle.

La Partita BWV 1004 reprend la trame traditionnelle des quatre mouvements de danses (Allemande – Courante – Sarabande – Gigue) avant d’en adjoindre une cinquième : Une Chaconne aux dimensions monumentales, dont la durée égale les quatre autres mouvements réunis. Il semble que Bach veuille par cette Partita rendre hommage aux danses alors populaires en Europe, avec l’Allemagne (allemande), la France (courante), l’Espagne (sarabande), l’Ecosse (gigue) et bien sûr l’Italie (chaconne).

Avec tout le soin et l’art apporté par Bach à la construction de cette Partita, on ressent aisément que les quatre premiers mouvements n’ont pour but que de conduire l’auditeur vers l’ultime mouvement comme autant de préludes successifs.

La Chaconne allie de façon idéale une richesse polyphonique à une technique absolument transcendante qui utilise toutes les difficultés violonistiques connues à l’époque. Composée en trois parties, elle constitue un cycle de trente variations basées sur une figure harmonique de huit mesures revenant de façon obsessionnelle, et d’une coda qui reprend le thème initial. A partir de la seizième variation Bach compose toute la section centrale en mode majeur (il ne reviendra au mode mineur qu’à partir de la vingt-sixième variation). Par son envergure et sa fantaisie, la Chaconne demeure un des sommets absolus de la musique.

La Chaconne de Bach a été immédiatement admirée et adoptée par les contemporains du Cantor de Leipzig mais aussi par tous les mélomanes et musiciens des XIXème et XXème siècles. Jean-Sébastien Bach avait lui-même ouvert la voie de la transcription de son œuvre en proposant une version pour luth. Il convient de rappeler qu’à cette époque, la reconnaissance de la propriété culturelle sur une œuvre n’avait pas la même force qu’aujourd’hui, aussi, il était fréquent que les musiciens s’approprient des thèmes (voire des pièces entières) écrites par d’autres. Bach lui-même a fréquemment utilisé des thèmes écrits par d’autres compositeurs, qu’il s’agisse de Buxtehude, de Marcello, ou de Vivaldi. Il fut suivi en cela par de nombreux compositeurs célèbres comme Mozart qui utilisa dans sa prime jeunesse des compositions de Schrötter ou de CPE Bach pour composer ses propres concertos pour piano. En ce qui concerne la Chaconne, trois immenses musiciens en ont effectué des arrangements ou des transcriptions :

Tout d’abord Robert Schumann qui ne fit pas à proprement parler une transcription des six pièces pour violon seul de Bach (les trois sonates et les trois partitas) mais se contenta d’ajouter à la partition originale un accompagnement de piano. Sa démarche peut s’expliquer par les habitudes d’écoute sensiblement différentes entre le début du XVIIIème siècle et le XIXème siècle. Schumann qui admirait ces œuvres devait estimer que leur audition dans les cercles musicaux s’avérait trop austère, et qu’un accompagnement de piano pourrait en faciliter l’écoute. La suite lui donna tort puisque sa version avec accompagnement avec piano a été abandonnée alors que l’original fait toujours l’admiration d’un public nombreux. Brahms quant à lui, transcrit uniquement la Chaconne de la deuxième Partita. Contrairement à Schumann il destine l’œuvre au piano seul, et encore sous une forme réduite puisque cette transcription n’est jouée qu’à la main gauche. L’idée de Brahms était de respecter scrupuleusement le texte de Bach et de conserver la pureté de la ligne et du discours, en se gardant de tout artifice pianistique.

Ferruccio Busoni, tout comme Brahms a transcrit uniquement la Chaconne pour le piano, mais à l’inverse de ce dernier, il reprend l’œuvre pour l’adapter à l’instrument et lui donner une ampleur monumentale. Busoni qui était un pianiste aux moyens gigantesques utilise la puissance du piano et toutes les possibilités techniques à sa disposition pour en faire une œuvre à la fois lumineuse et puissante. Busoni compositeur, pianiste, chef d’orchestre était passionné par la musique de Bach. Il a transcrit pour le piano nombre de ses œuvres destinées à l’origine à d’autres instruments que ce soit pour le violon comme la Chaconne mais aussi pour l’orgue comme les célèbres chorals « Nun komm’ der Heiden Heiland » « Ich ruf’ zu dir, Herr Jesus Christ » « Nun freut euch, liebe Christen g’mein » et aussi la célèbre Toccata en ré mineur BWV 565. Le style de certaines de ses compositions personnelles sera aussi influencé par celui de Bach comme par exemple sa Toccata pour piano ou encore sa Fantaisie Contrapuntique.

La seconde partie de ce concert sera consacrée à Antonio Vivaldi (une première à l’Association Chopin). L’œuvre que va nous nous interpréter Scipione SANGIOVANNI est la plus célèbre du Maître vénitien puisqu’il s’agit des célébrissimes Quatre Saisons.

Les Quatre Saisons sont en fait les quatre premiers concertos pour violon d’un groupe de douze concertos réunis sous le titre « Il cimento dell’armonia et dell’invenzione » Opus 8. Ce recueil dont le titre signifie « le combat entre l’harmonie et l’invention » a été publié en 1725 à Amsterdam. Il faut prendre « cimento » dans le sens de confrontation et non d’union où Vivaldi confronte la méthode à la libre inspiration. La production de concertos en tous genres chez Vivaldi est considérable et quasiment unique dans l’histoire de la musique (à ce jour on en a recensé environ 510, sans compter ceux qui ont été perdus, détruits ou qui dorment toujours dans diverses bibliothèques). Aujourd’hui encore, il arrive que des concertos de Vivaldi soient exhumés ou redécouverts.

Certains de ces concertos présentant un intérêt majeur, furent regroupés et édités sous un titre général avec un numéro d’opus particulier. Ainsi les concertos pour cordes les plus célèbres se trouvent insérés dans « L’Estro Armonico » Opus 3, « La Stravaganza » Opus 4, « Il cimento dell’armonia et dell’invenzione » Opus 8, « La Cetra » Opus 9…

Les Quatre Saisons représentent peut-être le summum de l’art vivaldien du fait de leur langage volontairement descriptif et poétique. Dans ces quatre concertos, Vivaldi insiste tout particulièrement sur la description minutieuse de la campagne vénitienne, des us et coutumes, et du ressenti des habitants (dont il faisait lui-même partie), face à cette nature parfois implacable. Ce climat pastoral et les sensations perçues sont décrits avec un soin minutieux par le compositeur tout au long de l’avancement des saisons :

Si vous prêtez l’oreille, voici ce que Vivaldi souhaitait vous faire entendre et ressentir :

Le Printemps :

Mouvement 1 : L’éveil du Printemps – Le chant des oiseaux – Le murmure des fontaines – Le Tonnerre – Le chant des oiseaux.

Mouvement 2 : Le Chevrier endormi – Le bruissement des feuilles et des plantes – Le chien qui aboie.

Mouvement 3 : Danse pastorale.

L’Eté :

Mouvement 1 : Lassitude causée par la chaleur – Le Coucou – La Tourterelle – Le Chardonneret – Doux Zéphyrs – Vents divers – Vent du Nord – La plainte du jeune paysan.

Mouvement 2 : Mouches et grosses mouches bleues.

Mouvement 3 : Temps d’orage.

L’Automne :

Mouvement 1 : Danses et chansons des paysans – L’ivrogne – L’ivrogne endormi.

Mouvement 2 : Les ivrognes endormis.

Mouvement 3 : La chasse – L’animal en fuite – Fusils et chiens de chasse – L’animal s’enfuyant meurt.

L’Hiver :

Mouvement 1 : Tremblement gelé dans la neige glaciale – Terrible tempête – Courir et frapper des pieds de froid – Des vents – Claquements de dents..

Mouvement 2 : La pluie.

Mouvement 3 : Marche sur la glace – Démarche prudente et pleine d’appréhension – Chute à terre – Course effrénée – Le Sirocco – Le vent du nord et tous les autres vents.

Il est amusant de constater que, bien plus tard, cette mise en musique de la nature sera reprise avec des moyens et des buts différents par d’autres grands compositeurs comme Haydn (Les Saisons), Beethoven (Symphonie Pastorale), Debussy (Images – Préludes) ou Messiaen (catalogues d’oiseaux).

La transcription des Quatre Saisons de Vivaldi a été réalisée par Scipione SANGIOVANNI avec un soin extrême. Ce dernier ramène au piano et à ses immenses possibilités expressives toute l’âme et l’esprit créatif du compositeur. Il est rafraîchissant de voir un jeune artiste particulièrement doué comme Scipione SANGIOVANNI laisser son empreinte dans les pas de ses grands prédécesseurs tels que Liszt, Busoni transcrivant les œuvres de Jean-Sébastien Bach et de Bach lui-même transcrivant pour le clavecin ou l’orgue d’autres concertos de Vivaldi tirés de l’Estro Armonico ou de la Stravaganza.

Cette transcription pour piano des Quatre Saisons est totalement fidèle au texte original, et ne contient pas une note de plus que celles écrites par Vivaldi (à l’exception des mouvements finaux du Printemps, de l’Été et de l’Automne où Scipione SANGIOVANNI ajoute trois petites cadences de sa propre composition). Le résultat final de cette transcription est aussi brillant que surprenant.

Jean-Nöel REIGNIER