Jeudi 18 janvier 20h Sylvain JAUDON en récital

Jeudi 18 janvier 20h Sylvain JAUDON en récital

Sylvain JAUDON en récital.

Issu du Conservatoire de Lyon où il a bénéficié d’une formation pluridisciplinaire (piano, musique de chambre, analyse musicale et direction d’orchestre) Sylvain se produit aussi bien en soliste (Opéra National de Lyon, Arsenal de Metz, Centre Culturel Tchèque de Paris …) qu’en musique de chambre, piano à quatre mains ou deux pianos (Kiev, Dresde, Kharkov, Munich, New-york, Paris, Cité Internationale et Amphithéâtre de l’Opéra de Lyon …).

Lyon Music, 60 rue Sala 69002 Lyon

Programme :

Muzio Clémenti (1752 – 1832)

Sonate en Fa dièse mineur Opus 25 n° 5

– Allegro con espressione

– Lento e patetico

– Presto

Johannes Brahms (1833 – 1897)

Rhapsodie en si mineur opus 79 n°1 (agitato)

 

Ludwig van Beethoven (1770 – 1827)

Sonate pour piano n°23 en fa mineur opus 57 « Appassionata »

– Allegro assai

– Andante con moto –

– Allegro ma non troppo

 

Carl Czerny (1791 – 1857)

Nocturne en ré bémol majeur op. 368 n°4

Nocturne en fa dièse mineur op. 604 n°7

 

Franz Liszt (1811 – 1886)

Totentanz (version piano seul)

 

Ce concert est construit autour de Ludwig van Beethoven, l’un des plus grands compositeurs de l’histoire de la musique.

Beethoven est le parfait contemporain de Napoléon 1er et, comme va le démontrer ce concert, il va être l’intermédiaire entre deux époques et deux styles musicaux fort différents. Beethoven est l’héritier du langage viennois classique et tout au long de sa vie il se référera à ce style musical, même si en même temps il y apporte de nombreux bouleversements.

Dans la première partie de sa vie Beethoven côtoie les fondateurs du style classique comme Joseph Haydn (qui fut son maître) mais aussi Pleyel, Albrechtsberger, Mozart ou Salieri. Parmi tous ces compositeurs classiques, Beethoven portait une admiration toute particulière à Muzio Clémenti (1752 – 1832) au point qu’il recommandait à ses élèves de travailler ses sonates plutôt que celles de Mozart. Si à ce jour la musique de Clémenti ne jouit pas de la renommée qu’elle mérite, c’est pour deux raisons majeures : tout d’abord parce qu’il a composé quelques sonatines dans un but didactique et que très longtemps son nom sera assimilé à ces piécettes bien éloignées de son talent réel. La seconde raison tient à un duel pianistique que lui avait imposé l’Empereur Joseph II le 24 décembre 1781, le faisant jouter contre Mozart. Si Clémenti en sortit à l’égal de Mozart, les chaleureuses félicitations du monarque à Clémenti rendirent Mozart furieux et un peu jaloux. Ce dernier laissa dans ses écrits des remarques acerbes, traitant même Clémenti de « charlatan comme tous les italiens ! ». Les écrits de Mozart furent publiés bien longtemps après sa mort, ce qui porta un coup fatal à la carrière d’interprète de Clémenti (il partit terminer sa vie en Angleterre où il devint éditeur de musique). Si elle n’avait été composée alors que Beethoven avait quatorze ans, on pourrait penser que la sonate en fa dièse mineur a été écrite dans un style Beethovénien, tant son dramatisme intense et l’énergie qu’elle dégage s’apparentent à son style.

De tous les compositeurs inscrits au programme de ce concert Brahms est le seul à ne pas être un contemporain de Beethoven (il est né six ans après la mort de ce dernier). Pourtant Brahms vouait à Beethoven une telle admiration qu’il est en littéralement devenu son disciple et successeur. Certains diront que la première symphonie de Brahms est la dixième de Beethoven. Brahms ira même jusqu’à composer deux cadences pour le quatrième concerto de son aîné.

Tous deux sont d’origine allemande et feront les beaux jours musicaux d’une Vienne en quête permanente de nouvelles musiques. La capitale autrichienne les adoptera non sans parfois les critiquer durement. Brahms est un homme du Nord rigide et ombrageux qui n’a pas la mentalité viennoise plus porté sur la frivolité et la joie de vivre. Finalement il ne s’établira à Vienne que « pour boire le vin que Beethoven a bu avant lui », selon ses propres dires. Là encore, le climat véhément et dramatique de la première Rhapsodie s’inscrit dans la droite file de l’œuvre beethovénienne, alternant les passages emportés à d’autres plus méditatifs. Beethoven, s’il n’a pas écrit de rhapsodies, a néanmoins utilisé (avant l’heure) le style rhapsodique dans plusieurs de ses œuvres comme par exemple dans le dernier mouvement de sa première sonate pour piano.

Après avoir entendu les ascendants et descendants de Beethoven, il est temps de rendre hommage à ce dernier en interprétant une de ses œuvres les plus célèbres et particulièrement caractéristique de son langage : la 23ème sonate dite « Appassionata ».

Cette sonate a été composée en 1804-1805 et le titre « d’Appassionata » sera donné près de dix ans après la mort de Beethoven par un éditeur. Cependant ce titre s’applique parfaitement au climat tempétueux de l’œuvre. En revanche, il est particulièrement réducteur dans la mesure où il se borne à souligner uniquement le caractère passionné de l’œuvre, occultant ainsi une grande partie de la palette expressive du langage beethovénien. Cette sonate se trouve être aussi désincarnée, statique, mélancolique, puis exploser tout d’un coup en un discours exalté, proche de la folie. Malgré son expression intense, Beethoven veille particulièrement à ce que le contenu émotionnel ne vienne pas altérer la structure très rigoureuse de l’œuvre. Ici nous sommes très loin des emportements extravertis ou des abandons alanguis des compositeurs romantiques. Beethoven n’est pas de la génération de Schumann ou de Liszt, et cet ancien élève de Haydn n’est pas un « Romantique » dans le sens où il privilégie toujours la structure à l’expression. Le fait que Beethoven recommande (sinon ordonne) de faire la reprise de la seconde moitié du Finale marque bien la préséance de la forme sur le sentiment contenu dans l’œuvre. 

Depuis plusieurs siècles les plus grands compositeurs ont été à la fois des disciples et des maîtres. Ainsi ils pouvaient transmettre en ligne directe les préceptes reçus de leurs aînés en apportant eux-mêmes leur pierre à ce colossal édifice.

Beethoven n’échappa pas à la règle et l’héritage reçu de Haydn et de Salieri, il le transmit à ses élèves comme Ferdinand Ries, l’Archiduc Rodolphe et le plus célèbre d’entre eux Carl Czerny. Tout comme Clémenti, la carrière de compositeur et d’interprète de Czerny sera éclipsée par celle de pédagogue et la postérité ne retiendra de lui que ses rébarbatives études de virtuosité, passage obligé pour tout pianiste en quête d’une solide technique. Pourtant, en fidèle disciple de Beethoven, Czerny composera une multitude d’œuvres de grande qualité qui ne jouiront jamais d’une renommée pourtant méritée. Czerny fut à la fois l’élève, puis l’ami intime et enfin le porteur du message beethovénien dont il intégrera dans sa musique la puissance l’expression et l’éloquence. Bien entendu, il ira plus loin que son maître puisqu’il sera le témoin actif de l’essor du mouvement romantique (Czerny disparaîtra en 1857 après Mendelssohn, Chopin et Schumann).

Le Nocturne en ré bémol majeur que nous allons entendre est d’ailleurs un parfait compromis entre l’héritage beethovénien et l’expression romantique évoluant dans un cadre plus libre. Le titre de Nocturne fait bien évidemment penser à John Field et surtout à Chopin qui transcendera le genre en confiant au piano ses sentiments les plus intimes.

Le 2ème nocturne au programme est quant à lui une des musiques les plus sublimes que Czerny ait jamais composée.

Revenons bien des années en arrière où les grands compositeurs romantiques sont encore des enfants et où Czerny est reconnu comme l’un des plus grands pédagogues vivants. En cette année 1822 il reçoit un jeune garçon aussi pauvre qu’il est extrêmement doué et il décide de lui donner gratuitement des cours de piano. Admiratif des dons exceptionnels et de l’évolution fulgurante de son élève, Czerny décide de le présenter à Beethoven malgré les réticences de ce dernier. A force d’insister Czerny s’entend finalement répondre par Beethoven : « Eh bien au nom du ciel, amenez-moi le jeune turc ! ».

La rencontre aura lieu au domicile de Beethoven où le jeune garçon joue une fugue du Clavier Bien Tempéré de Bach puis à la demande de Beethoven la transcrit avec succès dans une autre tonalité.

Enhardi par l’épreuve le garçon de douze ans joue le premier mouvement du concerto en ut majeur de Beethoven. Visiblement satisfait Beethoven lui aurait dit quelques mots d’encouragement, et comme l’a précisé de façon fort religieuse le jeune garçon qui n’était autre que Franz Liszt « Il a consacré mon front d’un baiser ». Pour Liszt, ce souvenir perdurera toute sa vie et il gardera pour Beethoven une admiration sans limites allant jusqu’à interpréter et diriger ses œuvres, transcrire ses symphonies au piano et participer à l’érection de monuments en sa mémoire. Liszt, comme sa vie l’a montré, était un grand mystique et la Totentanz (la danse des morts) est une œuvre où il peut donner libre cours à son imagination débordante, servie par des moyens techniques surdimensionnés.

Si l’esprit narratif et programmatique inspiré par les représentations médiévales de la mort (Brueghel, Holbein, Dante) est typiquement lisztien le souffle épique, voire héroïque qui balaie l’œuvre de bout en bout est un héritage direct de Beethoven et la dernière variation de cette danse macabre (qui en comporte cinq) peut se rapprocher du Scherzo de la cinquième symphonie de Beethoven. Mais on sent surtout l’héritage de Beethoven dans la façon dont Liszt montre tout au long de l’œuvre sa maîtrise de la transformation du matériau musical de base, le fameux « Dies Irae ».

Jean-Noël Régnier

Biographie :

Il a été l’élève d’Irène Pamboukjian Jean Martin, Pierre Pontier et Bruno Rigutto.

Sylvain a une vision très éclectique de son métier. Fondateur de l’Académie de musique de Chartreuse, conférencier, animateur à la radio, organisateur de concerts, créateur de spectacles (jazz, chanson française, lectures musicales, peintures sonores …), professeur d’enseignement artistique titulaire du C.A. de piano, conseiller pédagogique et professeur référent au CEFEDEM de Lyon, il explore sans relâche les liens entre enseignement, culture musicale et développement artistique.